LES PIONNIERS DE L'ECONOMIE SOLIDAIRE
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Les croisés de
Taybeh et l'huile "extra-vierge"
Situé près de Jérusalem, dans cette
Palestine coupée du monde et de ses flux commerciaux, un prêtre catholique,
berger d’une petite communauté de producteurs d’huile d’olive, parie sur le
commerce équitable pour sauver son village.
Cette histoire débute sur le parvis d’une église dans cette Terre sainte où le Seigneur
est encore omniprésent. Depuis deux ans, les jerricans d’huile d’olive
s’accumulaient à l’intérieur de l’édifice du père Raed, le prêtre catholique de
Taybeh. Ce village palestinien de 1 500 âmes, situé entre Jérusalem et
Ramallah, a beau se glorifier de son passé biblique (il s’appelait alors
Ephraim), et de sa population entièrement chrétienne (mais divisée entre des
Eglises «latine», grecque-orthodoxe et melchite), il subit tout aussi
cruellement que ses voisins le choc de la deuxième intifada. La moitié des
habitants a émigré depuis dix ans. Ceux qui restent ont désormais besoin d’un
permis spécial pour aller en Israël, et les déplacements à l’intérieur du
territoire palestinien sont devenus cauchemardesques, tant les contrôles sur
les routes ont été renforcés pour éviter les attentats. Bref, il est difficile
de trouver un travail, et quand on en a un, de s’y rendre. Beaucoup de
villageois sont donc au chômage. Comment, alors, payer la scolarité pour
l’école catholique du village? «Les frais annuels se montent à 300 euros,
alors que le salaire moyen ne dépasse pas 400 euros par mois, et que les
familles ont toujours plusieurs enfants», précise le prêtre. Le père Raed –
son nom veut dire «pionnier» en arabe – décide alors d’accepter en paiement la
seule ressource de ce village, où l’on se transmet avec respect les champs
d’oliviers de génération en génération. Son tarif: 6 bidons de 16 litres par élève et
par an.
L’huile a retrouvé ainsi une utilité, car elle
ne se vendait plus. Certains avaient même cessé la récolte. C’est d’abord
le marché jordanien, son principal débouché, qui a disparu il y a quatre ans:
le petit royaume protège ses producteurs en fermant ses frontières. C’est
ensuite l’intifada qui a paralysé les échanges économiques. Il ne reste
désormais que quelques acheteurs à Jéricho ou à Jérusalem, qui ont du coup
divisé les prix d’achat par deux. Même plus de quoi couvrir les frais
d’entretien des champs. La proposition de ce prêtre dynamique, toujours à la
recherche de nouvelles idées pour améliorer la vie de ses concitoyens, a donc
soulagé les familles les plus fragiles.
Mais Raed se retrouve avec 400 bidons d’huile à écouler. Qu’en faire? Au
Patriarcat de Jérusalem,
le père Gilles-Marie lui signale un article sur le commerce équitable, paru
dans le magazine chrétien «la Vie». On y parlait du label Max Havelaar, créé
par Frans van den Hof, un prêtre hollandais vivant au Mexique, et de la société Alter Eco
qui distribue chocolats, thé ou café dans 2 000 supermarchés français.
Père Raed n’hésite pas: il contacte ses dirigeants en leur demandant s’ils peuvent faire quelque chose pour son huile… Et deux mois plus tard, en janvier 2002, Tristan Leconte, le fondateur d’Alter Eco, rend sa première visite au village, commandant dans la foulée 10 000 litres d’huile. Dix-huit mois plus tard, les choses ont bien avancé à Taybeh. D’abord, son huile d’olive est vendue dans 300 magasins français. Ensuite, Tristan Leconte s’est lancé dans une tâche herculéenne: améliorer la qualité du produit. Ce qui suppose de remettre en question toute une culture ancestrale, bien difficile à secouer. «Nous faisons une des meilleures huiles de Palestine, il faut continuer comme ça», disent les petits producteurs, qui ne comprennent pas les nouvelles exigences. Mais les deux hommes les plus puissants du village, le prêtre Raed et Nadim Khoury, qui a fait fortune aux Etats-Unis, ont été convaincus par un expert français et ils sont bien décidés à soutenir l’évolution. De tout temps, ici, on a cueilli les olives bien noires, «car les vertes ne donnent pas d’huile», affirment les habitants. Ils entassent les fruits dans des grands sacs en plastique, où ils macèrent dix ou quinze jours, car les paysans attendent d’en avoir suffisamment pour aller au pressoir. «Les journées de travail sont déjà si longues quand on récolte. Le soir, on est fatigués, on ne veut pas aller au moulin», explique un propriétaire. Ces habitudes n’ont pourtant qu’un seul résultat: faire monter le taux d’acidité du liquide. Or l’Europe interdit toute importation d’huile qui n’est pas «vierge», autrement dit qui contient plus de 2% d’acide. Et pour séduire les clients, elle doit être « extra vierge»: contenir moins de 0,8% d’acide. «Pour y parvenir, vous devez cueillir non pas en novembre, mais à la mi-octobre, quand l’olive est encore verte. Et vous devez vous rendre au pressoir tous les deux jours», explique Tristan Leconte à chaque producteur. Personne ne croit aux méthodes préconisées par le Français, mais chacun promet d’essayer, «pour lui faire plaisir, et à condition qu’il s’engage à acheter le produit qui en résultera», dit Walid, qui possède 153 oliviers. Un expert d’Alter Eco reviendra cet automne, pendant la récolte, pour rappeler les nouvelles règles. «C’est notre seule chance de vendre notre production», répète aussi le père Raed à ses ouailles mécréantes.
En respectant ces règles, le village devrait transformer son huile rustique, qui arrive tout juste à décrocher l’appellation «vierge», en une «extra-vierge» qui rassurera les consommateurs européens… et justifiera son prix élevé. Car le commerce équitable se paie, aussi bien pour la société qui fait sa promotion que pour son acheteur. Selon les règles définies par les créateurs de Max Havelaar, qui font office de juge de paix en la matière, le commerce équitable doit rééquilibrer les échanges économiques entre le Nord et le Sud: il ne s’agit plus de pressurer au maximum les producteurs de matières premières, voire d’acheter en dessous de leur cours de revient cacao ou café, comme cela se fait depuis de longues années. Il ne s’agit pas non plus de faire la charité, mais de payer simplement un prix juste et digne. Les paysans sont également incités à se regrouper en coopérative, par le versement d’une prime collective qui financera un projet (école, santé, matériel…). Seules les petites exploitations ont droit au label «équitable», et elles sont également incitées à respecter les règles de l’agriculture biologique, ne serait ce que parce que les pesticides sont dangereux pour la santé des exploitants.
Le «juste prix» est défini par les experts de
Max Havelaar, en fonction du cours mondial de la matière et de ses coûts réels
de production, mais comme l’huile d’olive n’est pas encore labellisée
officiellement, faute de demande, c’est donc à l’équipe d’Alter Eco de faire
tout le travail. Tristan Leconte doit trouver le prix qui va satisfaire les
producteurs. Pour ce faire, il va poser une question toute simple dans les
cafés, dans la salle de la
mairie ou dans la petite épicerie de l’entrée du village: «Quel prix
voulez-vous?» Pas le genre de phrase qu’un importateur «normal» va poser à
un paysan… A chaque fois, les discussions sont vives, car ceux qui travaillent
en ville, et qui doivent payer la récolte de leurs olives, n’arrivent pas du
tout au même coût de production que les plus pauvres du village, qui font tout
eux-mêmes et qui ont vraiment besoin de ces revenus.
Walid, un ancien tailleur de pierres de 45 ans, qui souffre trop du dos pour
travailler, a du mal à se prononcer: «Vous êtes le seul acheteur possible,
alors il est difficile de négocier.» Des propos décourageants pour le
négociateur: ce n’est pas une réponse qui va honorer son étiquette «équitable».
Walid finit par réclamer 50 dinars jordaniens par litre. «Pffft, à ce
prix-là, moi je perds de l’argent», réplique sa voisine. Les échanges
partent dans tous les sens, dans un climat surréaliste: les uns comptent en
kilo d’olives et en shekels israéliens, les autres en dinars et en litres…
Personne n’est content, mais en fait, une fois que chacun s’est mis d’accord
sur l’unité de mesure et sur la monnaie, les positions sont similaires! Alter
Eco achète le litre 3,2 euros (contre un prix moyen de 2,3 euros dans la région), «un
très bon prix», assure Raed. Il y ajoute 80 centimes de prime, versée à
l’association Olive Branch Fund pour financer ses projets. L’an dernier, ce
revenu a complété le financement du nouveau pressoir, qui facturera ses
services moins chers que celui du village voisin. Bientôt, ce sera un centre
artisanal, pour créer des emplois, et un musée de l’olive pour attirer les
visiteurs. L’Europe a même décidé de leur donner un coup de pouce en autorisant
l’entrée de 2 000
tonnes d’huile palestinienne hors taxe par an, soit un rabais de 1,5 euro par
litre, qui complétera désormais la «prime» versée aux producteurs.
Tristan Leconte promet aux villageois de pousser les ventes dès que la qualité
sera assurée. L’année prochaine, il passera donc une commande de 26 000 litres, qu’il
va payer d’avance pour moitié. Puis il achètera le double, soit toute la
production locale, quand l’huile sera enfin «extra-vierge». Au vu de l’énergie
déployée sur le terrain par ce jeune patron trentenaire et enthousiaste, il est
certain qu’une grande société ne s’impliquerait pas autant pour vendre si peu… «Pourquoi
faites-vous ça pour nous?», demande d’ailleurs un des producteurs méfiants.
«Parce que je veux me sentir utile», répond cet ancien scout qui a même
donné des leçons de catéchisme. Et en plus, il est sincère! Il faut sans doute
être utopiste pour devenir un de ces commerçants équitables. Le pragmatisme
n’est pas inutile, non plus.
En attendant que ce projet se developpe, Père Raed pense déjà à la suite. En effet lorsque le père Raed nous nous accueille au soir du deuxième jour de notre pèlerinage le 8 mai 2004 il nous rappelle que ce village fut le refuge de Jésus.
(crédits
photos webmestre, prise le 8 mai 2004 à Taybeh)
Evangélisé par Jésus, (Jean
11,54) il est
chrétien depuis 2000 ans et veut le rester. Nous logeons au Centre Charles de
Foucauld, soutenu par l’Ordre du Saint Sépulcre. 1500 habitants dont 800 baptisé
dans 188 familles, 600 grecs orthodoxes et 200 catholiques melkites vivent en
bonne entente et fêtent ensemble Noël et Pâques !
L’église est vraiment au
centre du village. Une école de 450 élèves accueille des musulmans des villages
voisins « s’ils étudient ensemble, ils vivront ensemble ! » nous dit Père Raed,
curé du village, homme de feu qui a l’âme de la paroisse et du village : Il nus
entretien longuement sur les réalisations et des projets mais aussi des
difficultés qui ont fait passer la population du village de 3000 habitants en
1960 au chiffre actuel.
Il appelle instamment au
retour des pèlerins qui renforcent les paroissiens par leur
présence
Nous notons dans le livre d’or du centre : « Quelle joie pour les chevaliers et sympathisants d’être accueillis fraternellement dans le village-retraite du Seigneur. Chacun le quitte, spirituellement jumelé à un paroissien de Taybeh, avec le ferme engagement d’une fréquente oraison pour ce fils (fille) à d’un (une) catéchumène de Jésus ».
Le 9 mai après avoir assisté à la messe dominicale de Taybeh, nous visitâmes les ateliers des enfants dans l’école spécialement animés pour nous. Après un rapide tour d’horizon géographique de l’abouna Raed, nous sommes partis voir l’usine à bière. Accueillis très chaleureusement par le propriétaire, un enfant de pays installé depuis peu à Taybeh.
Nous terminâmes par la visite de pressoir d’olive. Le père Raed nous explique en termes clairs qu’en moins de deux ans la communauté chrétienne de Taybeh arrivera à se subvenir à ses besoins.
Voici les noms des magasins et sites Internet où vous pouvez trouver les produits Alter Eco pour le moment :
Voici les noms des magasins et sites Internet où vous pouvez trouver les produits Alter Eco pour le moment :
·
Tous les Monoprix alimentaires:
www.monoprix.fr
·
Tous les Inno ·
Tous les Cora:
www.cora.fr
·
Les magasins du Groupe Coop d’Alsace:
www.coop-alsace.fr
·
La plupart des centres Leclerc:
www.e-leclerc.com
·
La plupart des magasins U
: www.systeme-u.fr
· Dans
les magasins Intermarché
suivants:
Intermarché Bourg St Andéol (07700) Intermarché St Genis Pouilly (01630)
Intermarché St Contest (14280)
Intermarché Ussel (19200) Intermarché Brive (19100) Intermarché St Sauveur (38160)
Intermarché Montayral (47500)
Intermarché Tournon (47500) Intermarché Limoges (87000)
·
Dans les magasins Atac
suivants:
Atac Orléans Sud (45000) Atac Voltaire à Paris (75011) Atac Tolbiac à Paris (75013)
Atac Avron à Paris (75020)
Atac Thomery (77810) Atac Orgerus (78910) Atac Parly2 (78150)
Atac Angerville (91670) Atac Marcoussis (91350)
Atac St Germain les Corbeil (91260) Atac Anthony (92160) Atac Bagneux (92220)
Atac Sceaux (92330)
·
Dans les magasins
Carrefour
suivants:
Carrefour Bourg en Bresse (01000) Carrefour Segny Genève à Gex (01170)
Carrefour Montluçon (03100) Carrefour Gueret (23000)
Carrefour Salaise sur Sanne (38150) Carrefour St Egreve (38120)
Carrefour Feurs (42110) Carrefour Mably Roanne (42300)
Carrefour Thiers (63300) Carrefour Vaulx en Velin (69120) Carrefour Francheville (69340)
Carrefour Carré Sénart à Lieusaint (77127)
Carrefour Orange (84107)
· Dans
les magasins Shopi
suivants:
Shopi Crozon (29160) Shopi St Malo-Paramé (35400) Shopi Allevard (38580)
Shopi Frangy (74270)
·
Dans les magasins Champion
suivants:
Champion Pezenas (34120) Champion Vernon (27200) Champion Dormans (51700)
Epice77: www.epice77.asso.fr
·
Salons, événements et vente sur Internet par l’intermédiaire de la
société www.commercequitable.com
·
Vente en ligne sur le site www.exquiro.com
·
Vente en ligne sur le site www.cdiscount.com
Le webmaster du site de l'Ordre du Saint Sépulcre de Jérusalem. Le 29 juillet 2004 Retour Index