Les Sœurs de la Sainte Croix de Jérusalem

Septembre 2003

Nous appartenons à la congrégation française de « La Sainte Croix de Jérusalem » dont la maison - mère est à Boran sur Oise (Oise).

En Terre Sainte depuis 1984, nous avons passé 15 ans à Ein Karem, lieu de la naissance de Jean-Baptiste et de la Visitation de Marie à Elisabeth sa cousine (côté israélien) où nous avons pu partager quelques moments de shabbat ou fête de Soukkot avec nos voisins israéliens. A présent et depuis 1998, nous sommes quatre sœurs et c’est le Patriarcat latin de Jérusalem, par son Patriarche Mgr Michel Sabbah, qui nous a confié la gestion du « Centre d’accueil Charles de Foucauld » situé en Cisjordanie à Taybeh (Palestine), à mi-chemin entre Ramallah et Jéricho et à 20 Kms au Nord de Jérusalem.

Ce centre, comprenant une quarantaine de lits, est destiné à l’accueil des pèlerins mais aussi à celui des gens du pays pour des sessions, des récollections, des rencontres, des hébergements imprévus, liés à la situation dans le pays, etc… Il a été construit par les Chevaliers du St Sépulcre de France et fait partie de l’ensemble de la paroisse latine de Taybeh. Il porte le nom de « Charles de Foucauld » car celui-ci y serait passé au début du XX° siècle, y aurait fait sa retraite et aurait pu y prendre la décision de devenir prêtre. Notre mission est donc l’accueil, l’enseignement du français à l’école latine en collaboration avec le coopérant français envoyé par la DCC, des activités ludiques extra - scolaires et, à travers le secrétariat de l’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jérusalem, une autre forme d’accueil auprès des étudiants venus du monde entier.

Taybeh correspond à « Ephraïm » dans la Bible et a une réputation solide et vraie d’accueil comme Jésus y a été accueilli lorsqu’Il est venu après la résurrection de Lazare pour se retirer dans une ville du désert avant d’aller à Jérusalem pour sa Passion. Saint Jean l’explique dans le verset 54 du chapitre 11 de son évangile. Après une prospérité certaine, Taybeh, perché à 900 mètres d’altitude dans les montagnes d’Ephraïm à la lisère de la Samarie, est aujourd’hui peuplé de 1.300 habitants tous chrétiens, propriétaires de leurs terres. La principale ressource de Taybeh est la culture de l’olivier et la production de l’huile d’olive. Les habitants non agriculteurs travaillent à Ramallah, à Jericho, à Jérusalem ou en Israël et d’autres sont installés commerçants ou artisans au village.

 La population entièrement chrétienne est partagée entre les Grecs-Orthodoxes,  les Latins et les Melkites (Catholiques de rite byzantin). Deux écoles de type lycée et deux jardins d’enfants dans le village prouvent qu’il y a beaucoup de jeunesse. Il est fréquent de voir des familles ayant entre 5 – 6 enfants et même plus parfois. Les mariages se font exclusivement entre chrétiens car il n’est pas question que la terre parte de la propriété chrétienne. Il existe encore pas mal de mariages consanguins ce qui pose problème bien entendu.

Bien sûr aujourd’hui, tout s’est dégradé et continue à se dégrader avec la reprise de la violence qui est présentée de part et d’autre comme étant la vengeance réciproque à la suite des raids  meurtriers ciblés, des attentats. Les conséquences sont une spirale entraînant toujours plus vers le chaos et ne menant nulle part. Tout le monde ne cesse de le répéter depuis de trop longs mois mais en vain semble-t-il.

Trois ans d’Intifada ont asphyxié les habitants palestiniens en les privant des possibilités de se rendre à leur travail, en empêchant les jeunes d’aller à l’université ou au lycée, en rendant impossible les transports privés ou commerciaux et en humiliant et en usant psychologiquement chacun par des heures interminables passées aux multiples barrages militaires fixes ou pas et passées à attendre pour le contrôle des papiers en espérant pouvoir atteindre le but de son voyage et rentrer chez soi le même jour. Trois ans d’Intifada ont détruit les infrastructures ébauchées par les crédits européens, ont anihilé l’esprit civique et empêché les consciences de développer leurs capacités pour réussir une vie professionnelle dans de bonnes conditions. En un mot trois ans d’Intifada ont mis à bas les espoirs soulevés par les accords d’Oslo et le pèlerinage du Saint Père en Terre Sainte en l’an 2000.
                                                                                                          

Trois ans d’Intifada ont atteint aussi l’économie israélienne en la privant des pèlerins et touristes qui fournissaient l’essentiel des devises au budget de l’Etat, ont fait naître la mendicité en Israël, ont répandu la peur du Palestinien dans les consciences israéliennes qui ignorent ce qui se passe dans les territoires occupés en raison d’une désinformation des médias israéliens. Trois ans d’Intifada ont rendu la vie chère en Israël.

Trois ans d’Intifada ont accentué la destruction de ce paysage si beau et chargé de toute l’histoire de l’humanité en cadrillant les terres, en érigeant des murs dits de sécurité, en coupant les champs des paysans et les pâturages des troupeaux pour permettre aux Israéliens de se rendre dans leurs habitations appelées « implantations » (car installées sur des terres arabes prises d’office) sur des routes spéciales et neuves sans traverser les villages arabes, en détruisant les oliveraies et les maisons par punition collective, etc… La presse écrite de certains quotidiens français relate assez justement toutes les exactions commises.

Il faut néanmoins ne pas tout mélanger. Ce qui se passe en Terre Sainte n’est pas la volonté des populations ni israélienne ni palestinienne. Force est de constater que c’est une volonté politique pour garantir des intérêts financiers de pays, d’alliance internationale dont nous pouvons deviner un peu les raisons profondes et autre chose encore. Mais celles-ci influent sur les décisions gouvernementales et font même le jeu des extrémistes des deux côtés. Force est de constater également que la communauté internationale se montre bien muette et impuissante à stopper cette hécatombe de morts (plus de 3300) de blessés (plus de 20.000) qui n’engendre que haine et réconciliation de plus en plus lointaine. Pourquoi ? Pour 22 % de terre dénommée historiquement  « la Palestine » et occupée depuis 1967.

Et enfin un dernier problème grave parmi tous les autres aussi graves : les chrétiens. Ils se sentent démunis et livrés à ce déferlement de violence sans pouvoir rien empêcher. La diaspora chrétienne est également impuissante, sans moyens financiers suffisants. Les chrétiens arabes quittent cette Terre pour espérer trouver une autre liberté ailleurs. Bethléem (Palestine), par exemple, occupée pendant des mois, enfermée à l’intérieur de barrages militaires fixes et d’un mur « dit de sécurité » qui va bientôt l’entourer et que la « feuille de route » n’a pas eu la volonté de faire bouger, a aujourd’hui un taux de chômage de 80 %, comme dans d’autres villes palestiniennes. Bethléem voit ses habitants partir et les 2% de chrétiens encore présents en Terre Sainte fondent. Le chômage grandit et engendre les maux que nous connaissons dans nos banlieues, la drogue, le vol à la tire à Jérusalem-Est principalement, etc…

Nous ne pouvons tout détailler, il faudrait trop de pages. Mais nous avons vu les humiliations, la naissance ou l’accroissement des implantations et la pauvreté gagner. On peut même parler de misère à Gaza ou Naplouse, par exemple.

Actuellement une solution est entre les mains des chrétiens : les pèlerinages. Il faut être convaincu et nous croire : on peut visiter et prier sur les Lieux Saints sans risques sérieux, on peut rencontrer les communautés chrétiennes palestiniennes comme celle de notre paroisse de Taybeh. La violence n’est pas à Taybeh, ni au bord du lac de Tibériade ou de la mer Morte, ni au Saint Sépulcre. Et si les pèlerins reviennent, l’hôtellerie et les maisons d’hôtes religieuses reprendront leurs employés, les populations israélienne et palestinienne recommenceront à travailler ensemble, les finances des communautés religieuses s’assainiront, etc…

L’avenir est très sombre. Alors aidez les chrétiens de Terre Sainte :

VENEZ LES VISITER

Bien unies, nous prions pour vous tous et ce que vous vivez là où vous êtes.
Les Sœurs de la Sainte Croix de Jérusalem.

Sainte Croix de Jérusalem 
POB 904      -    91001 JERUSALEM  - ISRAËL

© Ordre du Saint-Sépulcre  de Jérusalem                                                                               Retour sommaire Terre Sainte